Choisir une solution de gestion des identités et des accès, ou GIA/IAM, ne relève plus seulement de la technologie. C’est aussi une décision de gouvernance, de sécurité et d’exploitation.
Aujourd’hui, une organisation ne veut plus seulement créer des comptes ou gérer des mots de passe. Elle doit surtout répondre à une question simple : qui a accès à quoi, pourquoi, depuis quand, avec quel niveau de risque et avec quelle preuve?
En 2026, cette question devient plus complexe. Les environnements sont hybrides. Les applications SaaS se multiplient. Les accès privilégiés se retrouvent dans plusieurs systèmes. De plus, les comptes de service, les clés API, les comptes techniques et les agents IA ajoutent de nouveaux risques.
La bonne question n’est donc plus seulement : quelle solution devons-nous acheter?
Elle devient plutôt : quelle capacité de gouvernance des accès devons-nous bâtir?
Clarifier le besoin avant de choisir l’outil
D’abord, il faut définir le problème à résoudre. Une solution IAM peut gérer l’authentification, le SSO, le MFA et la fédération. De son côté, une solution IGA sert surtout à gouverner les accès : demandes, approbations, revues périodiques, rôles et cycle de vie des identités. Enfin, une solution PAM encadre les comptes administrateurs, les accès privilégiés et les sessions sensibles.
Le piège consiste à chercher une plateforme qui fait tout, avant même d’avoir clarifié les priorités. Par exemple, l’organisation veut-elle réduire les comptes orphelins? Automatiser les arrivées et les départs? Réviser les accès sensibles? Encadrer les comptes privilégiés? Gouverner les applications SaaS? Documenter les comptes non nominatifs?
Le choix de la solution doit partir des cas d’usage prioritaires. Sinon, l’organisation risque d’acheter une plateforme puissante, mais mal alignée avec ses vrais besoins.
Observation terrain : l’outil arrive souvent trop tôt
Dans plusieurs projets de gouvernance des accès, les équipes choisissent l’outil trop tôt. Elles veulent automatiser les demandes, accélérer les approbations et produire des rapports. Toutefois, les fondations ne sont pas toujours prêtes.
Les rôles restent parfois flous. Les propriétaires applicatifs ne sont pas toujours connus. Les règles de révocation demeurent incomplètes. Certains accès sensibles restent aussi mal compris.
Résultat : l’outil fonctionne sur le plan technique, mais la gouvernance reste fragile. Une bonne solution de GIA ne remplace pas la clarification des responsabilités. Elle l’exige.
Ne pas automatiser le désordre existant
Ensuite, il faut éviter une erreur fréquente : automatiser des processus mal définis. Une solution de GIA ne règle pas tout par magie. Si les approbateurs ne comprennent pas les accès, si les rôles sont trop larges ou si les accès historiques n’ont jamais été revus, l’automatisation peut amplifier le problème.
C’est particulièrement vrai pour les rôles. Un rôle ne devrait pas être une simple accumulation de droits techniques. Il devrait plutôt représenter une responsabilité d’affaires claire, comprise et validée.
Avant d’automatiser, l’organisation doit donc nettoyer, structurer et valider ses accès. Sinon, elle risque de créer une gouvernance élégante en surface, mais fragile en profondeur.
Pour aller plus loin, un travail de modélisation des accès peut aider à clarifier les rôles, les responsabilités et les accès sensibles avant l’implantation d’une plateforme.
Intégrer la GIA dans une approche Zero Trust
Dans une approche Zero Trust, l’organisation ne doit pas accorder un accès seulement parce qu’un utilisateur possède un compte valide ou se trouve dans le bon réseau. Elle doit vérifier l’accès, tenir compte du contexte et réévaluer le risque.
Ainsi, la GIA devient un pilier important de la sécurité. Elle doit s’intégrer aux annuaires, aux fournisseurs d’identité, aux solutions MFA, aux outils PAM, aux applications SaaS, aux environnements cloud et aux mécanismes de surveillance.
Une solution moderne doit aussi aider à repérer les risques. Par exemple, elle doit permettre d’identifier les privilèges excessifs, les comptes orphelins, les accès dormants, les exceptions permanentes, les comptes partagés et les droits trop larges.
Cette réflexion s’inscrit naturellement dans une démarche de gestion des identités et des accès, surtout lorsque l’organisation veut mieux contrôler ses accès critiques.
Ne pas oublier les identités non humaines
Les utilisateurs humains ne sont plus les seules identités à gérer. Les organisations doivent aussi encadrer les comptes de service, les comptes techniques, les clés API, les certificats, les scripts automatisés, les robots logiciels et les agents IA.
Ces identités possèdent souvent des accès puissants. Pourtant, les équipes les révisent rarement avec la même rigueur que les comptes utilisateurs. Elles peuvent donc créer un risque important si personne ne les documente, ne les protège ou ne les retire lorsqu’elles ne servent plus.
Observation terrain : les comptes non nominatifs deviennent vite des angles morts
Dans plusieurs environnements complexes, les équipes traitent les comptes non nominatifs comme de simples exceptions techniques. Pourtant, ces comptes doivent aussi faire partie de la gouvernance.
Il faut pouvoir répondre à quelques questions de base. À quoi sert ce compte? Qui en est responsable? Quels privilèges possède-t-il? Où conserve-t-on son secret? Sert-il encore? Est-il révisé régulièrement?
Une solution de GIA moderne doit aider à documenter ces comptes, encadrer leurs accès et prévoir leur révocation. Sans cela, ils deviennent vite des angles morts.
Les critères à considérer
Enfin, une organisation devrait évaluer quelques critères avant de choisir une solution :
- la couverture fonctionnelle : IAM, IGA, PAM, MFA, SSO, demandes d’accès, revues périodiques et comptes non humains;
- la capacité d’intégration : annuaires, applications SaaS, systèmes internes, outils ITSM, cloud et API;
- la qualité de la gouvernance : propriétaires, approbateurs, accès sensibles, exceptions et accès temporaires;
- la visibilité sur les risques : comptes orphelins, privilèges excessifs, accès dormants et incohérences;
- la capacité de preuve : historiques, rapports, journaux, certifications et conformité;
- l’évolutivité : environnements hybrides, Zero Trust, cloud et agents IA.
Avant de lancer un appel d’offres ou une implantation, un accompagnement en cybersécurité peut aider à prioriser les besoins, structurer la démarche et éviter de choisir une solution sur la seule base d’une démonstration fournisseur.
Conclusion
Choisir une solution de gestion des identités et des accès ne consiste pas seulement à sélectionner un outil. Il s’agit de bâtir une capacité durable de gouvernance.
En 2026, la GIA doit couvrir les utilisateurs humains, les accès privilégiés, les applications SaaS, les environnements cloud, les comptes non nominatifs et les identités non humaines. Elle doit aussi soutenir une approche Zero Trust et améliorer la visibilité sur les accès sensibles.
Avant de choisir une plateforme, l’organisation doit donc clarifier ses besoins, prioriser ses cas d’usage, définir les responsabilités et établir une trajectoire réaliste.
Cette préparation transforme un projet technologique en véritable programme de gouvernance des identités et des accès.


